Le journalisme sur Internet : 3 questions à Paul Moreira
Le mot fait peur. Dans nos esprits nous l'associons souvent aux régimes dictatoriaux d'un autre temps. Elle est pourtant là, sous nos yeux. La censure d'aujourd'hui a ôté ses gros sabots pour se glisser dans de chics mocassins. Ces nouveaux censeurs que Paul Moreira évoque dans son dernier livre usent de moyens insoupçonnés pour faire pression sur les journalistes. Les liens entre les grands groupes industrio-médiatiques et le pouvoir limitent le champ d'action. Reste Internet. Support d'information en devenir, utilisé aussi bien par les citoyens que les journalistes, quel rôle peut-il jouer dans l'avenir médiatique ? Des éléments de réponse avec Paul Moreira, journaliste d'investigation, ancien rédacteur en chef de l'émission "90 minutes" sur Canal +, auteur de "Les nouvelles censures" et co-directeur de la campagne "Liberté d'informer".
propos recueillis par Gaël Bocandé.
Pensez-vous qu'Internet, qui au contraire des autres
supports d'information a un fonctionnement moins lourd et plus rapide offre une
plus grande liberté d'action pour les journalistes ? (Au risque d'aller trop
vite en besogne...)
- Une plus grande liberté d'action,
limitée par l'absence de moyens pour payer de vraies enquêtes. Ce qui fait
d'Internet plutôt un espace de commentaires ou d'exposition des éléments
censurés sur les medias main stream.
Que
pensez-vous des citoyens qui s'improvisent "journalistes" sur leurs
blogs ? Cela peut-il menacer l'avenir de la profession ? Ne peut on pas parler
de" retard "des journalistes professionnels en ce qui concerne ces
nouveaux supports ?
- La révolution numérique donne à chaque citoyen la possibilité d'être
actif par rapport à l'info.
C'est très stimulant pour les journalistes dits professionnels car ils ont
sans arrêt du retour sur leur travail. J'aime beaucoup l'idée de ce débat
permanent. Non, nous n'en souffrirons pas. Seuls les éditorialstes, les
prescripteurs d'opinion, n'auront bientôt plus raison d'être.
Les citoyens numériques ont horreur qu'on leur disent quoi penser...
On
connait, en presse, radio ou télévision les grands groupes de médias. Les
journalistes qui travaillent pour ces groupes - vous en parlez dans "Les
nouvelles censures" - peuvent subir des pressions qu'ils ne rencontrent
pas sur un site ou un blog. Mais cela va t-il durer ?
- Tant que les sites web ne sont dépendants ni de contrats avec les
pouvoirs publics, ni de nominations par des ministres, ça devrait continuer.
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